ANNECY

Annecy, délicate, aimable, humble Venise,
Maisons et quais bâtis sur des canaux étroits,
Ville où Jean-Jacques a vu pour la première fois
Madame de Warens qui sortait de l’église…

Voici, baigné des eaux d’un vert canal qui dort,
Le jardin où vivait, jeune veuve isolée,
Sous un arbre fleuri comme un grand azalée,
La maternelle amante aux baisers sans remords.

Le vent de l’aube fraîche est bleu comme la sauge.
On voit déjà passer un marchand matinal ;
Un gai moulin sur l’eau joyeuse du canal
Fait, en tournant sa roue, un bruit clair qui patauge.

Là-bas, c’est le lac chaud, le lac fondu d’amour
Qui berce sa langueur contre la molle rive,
Où déjà le parfum de l’Italie arrive
Et met sa nonchalance et son pollen si lourd.

Mais j’aime mieux ce coin de la ville, où persiste
Le jardin qu’éclairait du rire de ses yeux
La dame de Lausanne aux seins délicieux,
Qui fut prompte au plaisir, insouciante et triste.

Anna de Noailles, in Les éblouissements, 1907, Ed. C. Lévy.

Annecy – Poème lu par Guillaume Riou, 2020

Clefs : Jean-Jacques Rousseau | Françoise-Louise de Warens