Il s’agit ici d’un dialogue imaginaire entre la fontaine des éléphants de Chambéry et la fontaine aux lions et tortues d’Annecy :

LES DEUX FONTAINES

« – Pourquoi donc, sur vos carapaces,
Pèse cet informe granit,
Dont la borne monte au zénith ;
Ô ! du Thioux lentes limaces !… »

« – Et vous ! fiers éléphants d’airain !
Dont l’orgueil nous toise et nous raille ;
Dites-nous donc quelle bataille
Emporta votre arrière train ? »

Et les éléphants, aux tortues,
Qui, tristes, gisent abattues,
Refrénant leur fougueux essor,
Sous cette borne de Louqsor :
« – Nous rentrons sous notre colonne
Comme les tuyaux d’un trombone,
De peur que le tremblant château
Que fuit, sur le Thioux, le bateau
Et qui tient la truite en extase,
Tombe sur nous et nous écrase ! »

Et les quatre batraciens,
Que gardent quatre lions-chiens,
Dirent, de leur gueule entr’ouverte :
« – Nous menions, comme le soleil,
Le char des dieux en leur conseil,
Trop vite, hélas ! pour notre perte !
Lorsque Jupiter vint, jaloux,
Nous foudroyer aux bords du Thioux. »

Signé : Un idéaliste, in L’industriel savoisien, journal du 17 juin 1882.


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